À PROPOS… DE MED

C’est à propos d’un enfant de 12 ans à qui sont grand-père a offert un Canon AV-1 à télémètre. Un appareil absolument minable, s’il n’était équipé de son 50mm f/1.8 à piqué exceptionnel avec lequel l’enfant rêveur réalisera ses premiers portraits : cousines, grands-parents, animaux domestiques, cousines dénudées, paysages de vacances, grands-parents dénudés, etc.

Puis l’adolescent sortira diplômé de l’école d’Architecture de Marseille, et l’Université de Provence ensuite —département Image et Son— car il refusa de passer sa vie à construire des gymnases. Saxophoniste et pianiste de jazz à ses heures, aux portes de l’équipe de France de basket et numéro un mondial de squash durant dix-huit minutes, le jeune homme se lance dans la vie active comme « emploi jeune » dans l’Éducation nationale où il pense atteindre le bout de sa vie.

Le merveilleux Canon EOS 5 à autofocus piloté par l’œil remplace le vieux AV-1, aussitôt nommé « Consultant exclusif ».

Heureusement, l’armée va le sortir de sa torpeur : une année dans le labo noir-et-blanc de la base aérienne 702 d’Avord, près de Bourges, à développer les photos des copains, sans voir l’ombre d’un cockpit. L'un de ses textes est primé au concours WriteMovies aux États-Unis.

C’est au retour que sa vie bascule : une amie lui demande de photographier son mariage ; sa carrière professionnelle est lancée, avec le succès qu’on lui connaît.

Grâce à un prêt consenti par sa grand-mère, ses Fuji Velvia et autres Ilford 400 Delta deviennent des cartes CF pour le traitement des RAW sur Photoshop.

Aujourd’hui, à l’aube de la quarantaine, après dix ans de photos et de films pour trois cents mariages —dont le sien et la naissance de sa fille—, sa clientèle s’enrichit à l’international, ses partenaires professionnels s’étoffent, il voyage à l’étranger, bosse avec des drones pour les entreprises, écrit son troisième roman et ses cheveux virent de plus en plus sel que poivre.

Depuis son étagère, le Canon AV-1 jalouse en silence les Nikon D800 qu’il utilise désormais.

C’est donc à propos d’un enfant de quarante ans, qui continue de rêver…